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Quelques remarques sur un article d’ Etienne Sorin "Le peintre ne fait pas la bonne toile".

 

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De Gauguin à Cézanne, les grands noms de la peinture, continuent d’inspirer les cinéastes. Ces derniers ont pourtant loin du chef-d oeuvre.

Les producteurs de cinéma ont trouvé le truc.

Ils se renseignent sur les expositions à venir. Le rétroplanning de la Réunion des musées nationaux n’a plus de secret pour eux.

"Tiens, tiens, le centenaire de Rodin, c’est bon ça, coco ! "

Un coup de fil à Jacques Doillon. Un documentaire, il n’est pas chaud, mais une fiction avec Vincent Lindon dans le rôle du père de la sculpture moderne, il est partant. Banco ! Le film se retrouve en mai dernier en compétition au Festival de Cannes et dans les salles.

Le film "Rodin" était intéressant mais plein de lacunes ... Il donnait envie de se documenter, d’en savoir plus.

- Que fait Rainer Maria Rilke avec Rodin, à Chartres ? Il était à l’époque son secrétaire particulier. Le film ne le dit pas !

- Qui peut bien être cette femme sculpteur allemande qui rencontre Rodin ? C’est Clara Rilke (née Westhoff), amie de Paula. le film ne le dit pas !

- Qui est cet homme, ami de Rodin, de Cézanne qui les reçoit chez lui ? C’est Octave Mirbeau. il faudra attendre un second passage sur l’écran pour entendre prononcé son nom !

Tout le film est comme cela. Malgré tout, je l’ai vu deux fois. La seconde fois, j’ai pris des notes et monté un dossier sur Rodin avec toutes les insuffisances du film.

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Cet automne, Gauguin remplace Rodin au Grand Palais. Du 11 octobre au 22 janvier 2018, l’ "Alchimiste" est à l’honneur. Gauguin, le film d’ Edouard Deluc, avec Vincent Cassel, fait office de bande-annonce efficace .

J’ai beaucoup aimé ce film avec Vincent Cassel que je trouve assez prodigieux dans ce rôle. Toutes les critiques que j’ai pu entendre sur ce film sont "hors sujet". Je l’ai beaucoup aimé !

Dans les boutiques des musées, à côté des mugs et des sets de table, on trouve désormais des DVD en nombre.

Tant mieux, si on trouve désormais des DVD sur les artistes exposés. Personne ne vous oblige à les acheter !

Gauguin est le dernier d’une longue série de longs-métrages dédiés à un artiste.

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Appelons ça le "film de peintre(ou de sculpteur"), sous-genre du biopic (biographie filmée). Si les chanteurs et les musiciens sont bien représentés sur les écrans (Dalida, Django, Barbara) ; mais les peintres sont aussi bien placés. En France et ailleurs. Récemment, on a pu voir Paula Modersohn-Becker de Christian Schwochow

* Paula

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et Egon Schiele de Dieter Bernere. Deux artistes scandaleux et avant-gardistes en leurs temps, portraiturés dans des films d’une platitude sans nom.

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Paula Modersohn-Becker

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NON, Paula Modersohn-Becker est loin, très loin d’être une artiste scandaleuse. De toute la colonie des peintres de Worpswede, elle est la plus talentueuse. Elle mourra en 1907, après avoir donné naissance à son unique enfant, une petite fille. C’est la première femme peintre au monde, à laquelle un musée est entièrement réservé à Brême.

Le Musée d’ Art Moderne de la Ville de Paris, lui avait consacré une exposition quelques temps avant la sortie du film.

NON, le film sur Egon Schiele n’est pas d’une platitude sans nom.

Il y a de nombreuses maladresses mais malgré tout, il évoque des personnages rencontrés comme Wally, et d’autres. Un reproche, mais de taille, Gustav Klimt n’est pas assez évoqué dans ce film. Quand ils se sont rencontrés Klimt avait 45 ans et Schiele 17. Ils déèdent la même année en 1917. Schiele de la grippe espagnole.

Vienne va lui consacrer une rétrospective en octobre 2018 pour le centième anniversaire de sa mort.

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Le grand paradoxe des films de peintre est là. Ils mettent en scène les tenants de l Art moderne avec un académisme effarant. Les inventeurs de forme, les révolutionnaires, les "sauvages" deviennent les protagonistes d’ oeuvres lisses, dénuées d’audace et d’originalité. Les chefs d’oeuvre se comptent sur les doigts d’une main. Les ratages, pour ne pas dire les croûtes sont nombreux.

Même si les stars se bousculent au portillon, Anthony Hopkins dans Surviving Picasso de James Ivory, Andy Garcia dans Modigliani de Mick Davis, Salma Hayek dans Frida de Julie Taylor, Javier Bardem dans les Fantômes de Goya de Milos Forman .

Dans Cézanne et moi, Danièle Thomson cassait les prix. On avait deux vedettes pour le prix d’une, donc deux créateurs. Un peintre et un écrivain, Emile Zola. Guillaume Gallienne roulait les "r" pour prendre l’accent provençal. Guillaume Canet fumait la pipe et portait des lunettes pour écrire les Rougon-Macquart.

Ce film est un véritable navet. Toute l’histoire sonne faux, et les acteurs sont pitoyables de ridicule ..

Les acteurs sont de grands enfants ; ils adorent se déguiser. Postiches et ratiches sont à la fête. Pour jouer Gauguin, Vincent Cassel a mis des fausses dents. Les acteurs sont aussi ravis de prendre des cours de peinture ou de sculpture. Le cinéma, c’est de la formation continue. Et une formidable agence de voyage.

Cassel a appris le tahitien avant de prendre l’avion.

Pour les septième art, la vie d’un artiste explique son oeuvre. Le biographisme règne. Quand ce n’est pas le freudisme. Un bon peintre de cinéma est un artiste maudit. Il faut qu’il meure avant la reconnaissance. Le suicide est en option. Le cliché romantique de la gloire posthume a la peau dure, même à une époque où Jeff Koons et Damiens Hirst ont gagné des fortunes avant trente ans.

Le peintre idéal en bave de son vivant. Il mange de la vache enragé, boit comme un trou ou se drogue, pour les plus modernes. Dans la catégorie du génie méconnu, Van Gogh reste la référence ultime et le modèle inépuisable. Après Vincente Minnelli et Maurice Piala, le miséreux à l’oreille coupée inspire Julian Schnabel. Le peintre cinéaste, déjà auteur d’un portrait de Basquiat, a confié le rôle à Willem Defoe. Le tournage d’ At Eternity’s Gate, entre Arles et Auvers-sur-Oise, démarre prochainement.

On attend tous la version comique par Dany Boom ..(Van Gogh chez les Ch’tis).

Ne mélangeons pas les peintres du XIX è avec ceux du XX ème.

Un artiste se doit d’être excessif en tout. Pour cela , il y a aussi les femmes. Les épouses, les maîtresses, les modèles. Le peintre est rarement monogame. La muse est souvent nue. L’alibi parfait pour filmer des fesses et des seins ; ça ne mange pas de pain et ça fait toujours plaisir. Magritte, a ainsi peu de chance d’avoir son biopic. Le peintre surréaliste belge vivait très bourgeoisement.

Si la palette s’ assimile le plus souvent à un catalogue de poncifs, il y a quelques exception : Mr Turner de Mike Leigh, Pollock de et avec Ed Harris, Renoir de Gilles Bourdos, Séraphine de Martin Provost.

Je confirme, tous ces films sont excellents !

La qualité de l’interprétation y est pour beaucoup. Timothy Spall, Michel Bouquet ou Yolande Moreau sont irréprochables. Mais pas seulement. Ces films ont le mérite de montrer les peintres au travail. Ils préservent la part de mystère. Ils ne résument pas une oeuvre ni à des anecdotes.

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