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Pierre Vermeren - A lire !

 

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Article de Pierre Vermeren

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Evènements du 31 décembre à Cologne

Implication de jeunes hommes originaires du Maghreb dans les événements confirmée par l’enquête de police allemande.

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Kamel Daoud , journaliste et écrivain algérien, a décrypté cet événement criminel et ses causes :

A présenté le sexe comme la "grande misère" du monde d’ Allah".

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Partons d’un constat.

Ces agressions sexuelles contre des Allemandes se sont déroulées dans un pays, sans passif colonial ni migratoire avec le Maghreb.

Les Arabes vivant depuis peu en Europe du Nord proviennent surtout du Moyen-Orient. Les jeunes hommes du Maghreb qui se sont livrés à des violences sexuelles à Cologne - et ailleurs - sont fraîchement arrivés en pays inconnu, profitant du flux des réfugiés de guerre.

Leur conaissance de la société qui les accueille et de la condition des femmes en Europe est faible.

Avant même la télévision par satellite et Internet, quand chaque société du Sud était soumise à une unique et puritaine chaîne de télévision nationale, bien des Africains du Nord présumaient déjà la grande liberté sexuelle des Européennes et la luxure des Européens. Dans ces pays, un vieux préjugé prétend que les femmes chrétiennes et juives sont toujours bien disposées - comme le paraissent toujours les femmes des autres, ainsi qu’en atteste le roman Les Prépondérants (2016), de l’écrivain franco-tunisien Hedi Kadhour, dont l’héroïne americaine Kathryn Bishop dépucelle joyeusement Raouï le fils d’un caïd de la Tunisie coloniale.

"Est-ce vrai que les Françaises se promènent nues dans leurs maisons et appartements ?" demandait pour sa part avec gourmandise, un professeur de français égyptien au Caire en 1990.

La question renvoie à la place des femmes en Méditerranée.

En 1966, dans son ouvrage Le Harem et les Cousins l’ethnologue Germaine Tillion évoquait l’histoire de la claustration des femmes en Méditerranée, et la manière dont elle a produit la "république des cousins" (où les femmes sont réservées aux hommes de la famille), par opposition à la "république des citoyens" (exogame), devenue nôtre.

En Méditerranée du Sud ou orientale, le mariage dit "arabe" , avec la fille de l’oncle paternel, fut en effet la forme la plus recherchée - parfois toujours prégnante - de l’institution du mariage, quand elle est quasi prohibée en Europe.

La "République des cousins", expliquait Germaine Tillion, produit des effets délétères sur la condition des femmes et des hommes :

"Cette survivance de l’asservissement humain paralyse toute l’évolution sociale et constitue une cause irréparable de retard pour les peuples qui n’ont pas su s’en libérer.

Au coeur de cette situation, l’etnologue situait le voile des femmes :

"d’un côté de la frontière qui constitue le voile, écrit-elle, vit et progresse une société nationale qui de ce fait se trouve être une demi-société ; de l’autre côté stagnent - ignorantes, ignorées, les femmes .."

D’ajouter :

"Les femmes écrasées fabriquent des homuncules vaniteux et irresponsables ..."

Germaine Tillion a été transférée au Panthéon en 2015.

Faut-il la déclarer "islamophobe" ?

Depuis les années 1960, le grand retour du voile s’est opéré du Maghreb à l’ Egypte, accentuant le hiatus entre nord et sud de la Méditerranée.

Les progrès du dévoilement des femmes décrits par Germaine Tillion ont abouti en Europe du Sud : la Sicile, ou la Grèce patriarcales du début du XXè siècle se sont alignées peu ou prou sur les sociétés d’ Europe du Nord, comme en atteste la disparition presque réalisée du voile.

Mais ce mouvement s’est inversé de l’autre côté de la mer.

Les islamistes, y compris l’ Etat, ont restauré l’ordre patriarcal dans la rue.

Le cas de l’ Algérie est exemplaire.

Aux coups de peinture indélébile projetés sur les jambes des étudiantes en jupe (comme à l’université de Constantine en 1970) a succédé en 1984 un Code de la famille régressif qui fait des femmes des mineures à vie, puis en 1991 des jets d’acide sur les lycéennes non voilées du lycée français Descartes, avant sa fermeture.

En conséquence, malgré un contrôle inédit de la nuptialité, et en dépit de l’élévation de l’âge du mariage, les femmes, même revoilées, quittent l’espace public chaque jour en fin d ’après-midi>.

Par millions, Egyptiennes et Algériennes - ce qui est moins vrai des Tunisiennes et des Marocaines - dont nos signataires précédemment citées partagent si peu la condition sont assignées à résidence et contraintes au sous-emploi, souvent tenues d’être vierges au mariage, d’enfanter et de se soumettre à leur époux.

La soumission des femmes du Sud décrite par Germaine Tillion, loin d’avoir régressé, s’est aggravée.

En retour, il en résulte, dans les pays du Maghreb, une grande frustration sexuelles des jeunes hommes, qui, faute d’emplois et de moyens économiques pour se marier avant 30 ans, tournent en rond.

La claustration fait de la femme aux cheveux visibles une rareté en dehors du cercle familial et de la bourgeoisie, ce qui stimule en retour l’agressivité envers celles qui dérogent à la norme - agressivité d’autant plus décomplexée qu’elle est encouragée par des prétendus imams, à Cologne et partout ailleurs.

Les imams Frêres musulmans incitent, par des moyens qui vont du harcèlement aux coups, leurs "soeurs" à baisser la tête et à la couvrir. Dans des registres naturellement très différents, la montée au djihad ( qu’il soit algérien dans les années 1990 ou syrien aujourd’hui ) mais aussi l’émigration en Europe, sont -aussi- des moyens d’échapper la misère sexuelle.

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