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Faut-il ouvrir les musées sept jours sur sept ?
Edito par Fabrice Bousteau

 

Fin juillet 2014, le ministère de la Culture a fait savoir qu’il réfléchissait à la possiblilté d’ouvrir sept jours sur sept de grandes institutions muséales telles que le Louvre, Orsay ou le château de Versailles.

Déjà, il ne s’agit pas de tous les musées mais seulement des trois premiers en chiffres de fréquentation ..

L’objectif est double : mieux gérer le flux des visiteurs de ces établissements surfréquentés et accroître leurs recettes pour contrebalancer la baisse des subventions publiques.

Surfréquentés, c’est bien le mot. La fréquentation du château de Versailles est .. honteuse. J’ai vu des enfants pleurer, perdus au milieu d’adultes trop nombreux, ne rien voir des pièces traversées, et sortir de là en détestant cette expérience.

Réponse : faire comme au château de Sans Souci à Potsdam Réglementer les visites.

De 20 minutes en 20 minutes, des groupes de 25 personnes pré-inscrites, circulent tranquillement dans chaque pièce de la résidence de Frédéric II. C’est parfait. C’est ce que j’appelle respecter le public. Nous en sommes très, très loin à Versailles ..

Accroître les recettes : on ne pense plus qu’à cela à Versailles depuis les années 80. A tel point, qu’une famille des Yvelines ne peut plus se promener le dimanche après-midi dans les jardins, sans mettre régulièrement la main au porte-feuille.

Versailles n’est plus qu’ une vache à lait .. ! L’été dernier, j’ai renoncé à voir les installations de Lee Ufan. Trop de monde. Impossible d’y accéder.

Un guide vietnamien m’a dit passer une heure vingt au Louvre avec ses clients. L’important ce n’est pas de visiter le Louvre mais de dire qu’on y est rentré !

En 2013, les foules de touristes n’ont en effet cessé d’augmenter, le Louvre ayant accueilli 9,2 millions de visiteurs, le château de Versailles 7 millions, et le musée d’Orsay, 3,5 millions.

Nous n’allons plus ni à Versailles, ni au Louvre, ni à Orsay depuis des années : trop de monde. Le musée doit être un lieu tranquille. Il ne l’est plus.

L’idée s’inspire de ce qui se fait déjà à New York, où le MoMa a renoncé à son jour de fermeture pour faire face à un chiffre de fréquentation multiplié par deux depuis sa rénovation, en 2004 (lequel est passé de 1,5 à 3 millions de visiteurs par an). Londres a également ouvert toutes ses grandes collections au public sept jours sur sept, le Prado de Madrid pratique cette politique depuis novembre 2011

Pour ma part, j’y vois plusieurs écueils.

D’abord, rien ne prouve que cela permettrait d’améliorer le confort du public, puisque le but est d’attirer toujours plus de visiteurs, alors que tous se concentrent dans les mêmes salles (celle de la Joconde, au Louvre). En outre, pourquoi les musées devraient -ils ouvrir en permanence quand les supermarchés, les boucheries ou les libraires ferment un jour par semaine ?

j’ajouterai, les boulangers .. !

Pour assurer la sécurité des visiteurs, la conservation des oeuvres, un musée a besoin d’un temps de jachère.

Enfin , il n’est pas certain que cette mesure développe les recettes des musées, car cela entraînerait aussi des coûts supplémentaires.

Rappelons qu’au cours des dix dernières années, les grands établissement ont déjà considérablement augmenté la part de leurs ressouces propres, et vouloir leur en demander chaque année davantage - au moment où les recettes du mécénat diminuent - conduirait inexorablement à une baisse de la qualité des expositions, incitant chacun à privilégier les blockbusters au détriment des découvertes artistiques, de l’audace et de la recherche.

Sait-on qu’aujourd’hui, le budget d’acquisition du Musée national d ’art moderne (Pompidou) est d’environ deux millions d’euros, soit le dixième d’un Jeff Koons ?

Pas étonnant qu’aucune de ses oeuvres ne figure dans la collection du Mnam.

La politique de réduction continue des subventions de musées, menée par le ministère de la Culture, entraînera assurément une paupérisation de notre partrimoine de demain, alors qu’il est possible de faire tellement plus dans le cadre budgétaire actuel .. tout simplement en le réorientant.

Une grande partie des fonds du ministère est dévolue à l’audiovisuel public.

Pourquoi ne pas diminuer le nombre de chaînes (à l’image de la Grande Bretagne) pour en accroître la qualité et redistribuer aux musées une partie des économies générées ?

Il faut en finir avec cette pensée du quantitatif, qui évalue le succès d’une exposition et des lieux qui l’accueillent par ses chiffres de fréquentation plutôt que par l’analyse de ce qui est présenté.

Il faut inventer de nouvelles manières de penser le budget du ministère de la Culture et son action.

Fabrice Bousteau

En gras, les réflexions que tout cela m’inspire.

 
 

 
 

 
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