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Le "Black Act" en 1723, punit de mort le braconnage
une loi qui s’inscrit dans le vaste mouvement de spoliation de la terre ..

 

Article de Jacques Saint-Victor

"A partir de la Renaissance, l’ Angleterre va connaître un grand mouvement d’accapacrement des terres agricoles.

Les grands propriétaires fonciers vont notamment chercher à clôturer les "communaux", des champs mis depuis des temps immémoriaux à la disposition de tous les paysans.

Cette opération va s’appeler les "enclosures". La plupart des économistes y ont vu le début de la révolution industrielle.

Rares sont ceux qui comprirent que la véritable histoire n’avait rien à voir avec la fable délivrée par les "manuels béats" d’économie politique.

*

Ces enclosures ont constitué, comme le faisait remarquer le chancelier Thomas More dès le XVIè siècle, une des expressions les plus hideuses de la "rapacité seigneuriale".

Celle-ci avait pu être contenue tant que la monarchie absolue des Stuart entendait protéger les masses rurales de cette prédation seigneuriale, non pour des raisons nobles d’ailleurs, mais dans le but de conserver des bras pour les armées.

Ce fut la révolution libérale de 1689, la fameuse Glorious Revolution, qui va accélérer les enclosures.

L’absolutisme étant tombé, l’aristocratie whig triomphante, libérale mais hautement corrompue, va se comporter avec une cupidité sans égale à l’encontre des paysans.

C’est dans ce cadre historique que s’inscrit le Black Act, une loi anglaise de 1723* qui punit de pendaison le braconnage des cerfs dans les parcs ou forêts seigneuriales. Le simple fait de venir y cherche du bois ou de la tourbe va bientôt être à son tour puni de la peine capitale.

Code sanglant

Le Black Act fera partie d’un arsenal juridique que le peuple anglais qualifiera de "Bloody Code" et qui sera aboli au XIXè siècle.

Le grand historien de la classe ouvrière,

Edward P. Thompson,

esprit indépendant, détestant le marxisme orthodoxe à la française, a décidé de partir de ce Act, un détailédans l’histoire du droit anglais, pour étudier plus largement la montée d’une conception de plus en plus exclusive de la propriété.

La Guerre des forêts, remarquablement présentée par l’historien Philippe Minard, examine ainsi une vaste bataille pour la possession de la terre, avec les tentatives de résistance paysanne pour défendre ses "bien communs".

Très rares sont les auteurs à s ’être intéressés à cette question pointue mais fondamentale. Les grandes révolutions sont en effet les révolutions juridiques. mais elle sont aussi les plus techniques et donc les plus méconnues du grand public, voire des histoirens, qui préfètent l’histoire des monarques et des émotions.

Seul Marc Bloc, après Tocqueville et Marx,avait noté, dans les Caractères originaux de l’histoire rurale frrançaise, l’avidité juridique de cette aristocratie britannique.

Le siècle des Lumières avait paré cette dernière de toutes les vertus car, contrairement à leurs homolgues français, les nobles anglais payaient des impoôts.

Mais Voltaire oublia de regarder comment, par le ressort des enclosures et de l’intimidation, ces mêmes aristocrates britanniques réussirent à spolier leurs paysans avec une brutalité et ue iniquité ignorées de ce côté-ci de la Manche.

L’étude de Edward P. Thompson** est un rapport majeur à l’histoire de la notion de "bien commun" qui redevient d’actualité avec les nouvelles dérives de la mondialisation (deux ouvrages sont prévus sur ce sujet aux éditions de La Découverte et aux éditions du CNRS).

On regrettera simplement que ce texte majeur enfin traduit en français soit incomplet par rapport à la version originale anglaise."

* sous le règne du 1er roi de la dynastie "hanovrienne" (George 1er)

** aux éditions La Découverte - 196 p. 15 Euro

 
 

 
 

 
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