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Claude Picasso : "La France se fout de mon père"
Propos recueillis par ARIANE BAVELIER

 

Vendredi 2 avril 2014

Fils de Picasso* et de Françoise Gilot, frère de Paloma, il est l’homme fort de la famille depuis qu’en 1989 la justice l’a nommé administrateur de l’indivision Picasso. Dans ses nouveaux statuts, le Musée Picasso prévoit la présence d’une personne de la famille parmi les membres de droit au conseil d’administration. C’est lui qui l’y représente.

LE FIGARO - La rumeur dit que le Musée Picasso ne va pas ouvrir en juin ..

Claude Picasso : - Ca n’est pas une rumeur. Je ne vois aucune volonté de la part de la France d’ouvrir le musée en juin. Je suis allé voir Aurélie Filippetti pour la convaincre de son intérêt à ouvrir à la date prévue. Elle m’a dit qu’on ne le pouvait pas car il n’y avait pas de gardiens, et m’a soutenu que c’était à cause du retard du chantier. Or celui-ci a été livré à la date prévue, c’est-à-dire mardi.

Je lui ai proposé de m’accompagner pour visiter les lieux, où elle n’est pas venue depuis au moins un an et demi.

Elle m’a envoyé un SMS de refus. D’ailleurs qui irait croire que, d’ici juin, on ne pourrait pas trouver de gardiens ?

La ministre n’avait qu’à s’y prendre à temps pour les recruter. La vérité, c’est qu’il n’y a aucune envie positive d’ouvrir le musée. Je me fais balader, j’ai l’impression que la France se fout de mon père et aussi de ma tête !

Vous avez tenté d’autres démarches ?

J’ai écrit à François Hollande et reçu une vague réponse de remerciement pour ma lettre.

Mon dernier espoir, c’est Manuel Valls, dont j’attends la réponse. La fille de Jacqueline l’a déjà contacté voici quelques jours. La rumeur disait que le Musée Picasso serait rattaché à Beaubourg. Manuel Valls a démenti.

Heureusement, parce que si la dation à l’origine de l’ouverture de l’hôtel Salé est irrévocable, les donations intervenues depuis, notamment celle de la collection d’oeuvres primitives et d’artistes (Cézanne, Le Nain, Degas, Braque, Matisse , Miro, Derain ..) que mon père collectionnait, pourraient être annulées.

On dit que la décision de ne pas ouvrir vient des relations difficles entre Anne Baldassari, présidente du Musée Picasso, et le personnel du musée ?

Si le ministère est énervé par Mme Baldassari, je le suis par Mme Filippetti !

Je devais la voir mardi, elle s’est décommandée à la dernière minute sans me donner d’autre rendez-vous. Maintenant, elle est prise par le Festival de Cannes. Elle a raison, c’est plus amusant. Je me demande si elle a conscience de son rôle.

Y-a-t-il tant d’autres grands projets culturels comparables aujourd’hui en France pour qu’on se permette de saborder le musée Picasso ? Son ouverture devrait être l’occasion d’une fête inouïe. On la transfome en Berezina.

Pour vous, que se passe-t-il ?

Comme tout le monde, Anne Baldssari a ses qualités et ses défauts. Elle a besoin de précision et de rapidité, elle ne délègue pas trop. Je serai un peu comme elle : si les gens ne sont pas assez dynamiques pour bien faire, je reprends les rênes. En outre, son équipe est récente et a été repartie en trois lieux, dont l’un très inconfortable, jusqu’à la fin des tavaux de l’immeuble de bureaux. Oui, la situation est objectivement beaucoup moins aisée que dans d’autres établissments publics, où les relations avec le personnel ne sont pas non plus toujours fluides.

Personne n’est parfait. Mais Anne Baldassari se bat depuis dix ans pour que le Musée Picasso, qui triple sa surface avec les travaux, soit une fête à partager avec les visiteurs du monde entier. Elle a fait ce qu’on lui a demandé en concertation avec M. Donnedieu de Vabre, Mme Albanel, M. Mitterrand, les précédents ministres de la Culture et cela se passait bien.

Tous ces gens ont été extrêmement sérieux. Nous nous somme vus souvent pour réfléchir aux meilleures orientations pour le musée. C’est ainsi qu’a été décidé le tour du monde d’exposition Picasso pour financer les travaux d’agrandissement . La Fondation Barnes (Philadelpie) l’avait fait auparavant. En outre, le mandat de Mme Baldassari expire en 2015.

Au lieu de faire tout ce bazar, pourquoi le ministère de la Culture ne met-il pas son énergie à trouver un spécialiste de Picasso qui aurait l’envergure de succéder à Mme Baldassari ? Et je peux vous dire que ça ne sera pas facile. Parcequ’outre une connaissance scientifique parfaite de l’oeuvre de mon père, il faut un manager. Dès la première année, le ministère nous demande de financer le fonctionnement à 61%.

Quand tout cela a-t-il comencé ?

En février, lorsque l’un des membres du conseil d’administration du musée a appris par hasard de Mme Engel, directeur de cabinet de Mme Filippetti, que le ministère avait refusé le renouvellement du conseil d’administration que nous avions effectué en octobre précédent. Entre octobre et février, ce conseil d’administration - donc sans pouvoir - s ’est réuni deux fois. Le plus curieux, c’est que les membres des ministères de la Culture et du Budget étaient présents ! Or sans conseil d’administraiton, le musée ne peut ni voter son budget ni signer un marché. Est-ce comme ça que le ministère veut régler les problèmes et servir le musée Picasso ?

J’ ajouterai que les deux enquêtes diligentées par le ministère auprès du personnel du musée, l’une par un prestataire privé, sans accord préalable, ni du conseil d’administraiton ni de la présidente de l’établissement, le second par l’ Institut général des affaires culturelle, sont postérieures à ce non-renouvellement du conseil d’adminstraiton et rélèvent de la pême procédure de déstabilisation du musée. Il aurait été plus simple de nommer un médiateur. Quand on est ministre, on est là pour trouver des solutions, pas pour créer des problèmes.

Pour la famile, que représente le musée parisien ?

Au moment de la dation, on a favorisé et j’ai été très moteur dans cette décision, un choix effectué le plus largement et le plus judicieusement par des gens qualifiés de l’ Etat français. On a souhaité que la France ait la plus extraordinaire collection, la plus grande, la plus équilibrée et qu’elle donne du plaisir à tous.

Nous y sommes très attachés. Après une période où le musée n’était pas géré, et servait juste de faire-valoir à son directeur, nous avons accueilli avec beaucoup d ’enthousiasme le prjoet d’agrandissement. Pour fêter son ouverture, je voulais même offrir au musée des documents de Dora Maar sur la création de Guernica, ainsi qu’un très important carnet de dessins.

D’autres enfants de Picasso, ou certains de mes neveux, ont aussi des projets. Valéry Giscard-d’Estaing, au moment de la dation, m’avait demandé si mon père était espagnol ou français. La France est le seul endroit où il s’est posé : il y a vécu depuis l’âge de 19 ans.

Comment réagirez-vous si Anne Baldassari quitte le musée ?

Soit on prend n’importe qui pour réaliser l’accrochage qu’elle avait prévu, je n’aimerai pas rester au conseil d’adminstration au près de ce genre d’imposteur, alors qu’il faudra précisément que la famille veille. Soit on prend quelqu’un de professionnel et il lui faudra un ou deux ans pour réfléchir à l’accrochage qu’il souhaite car le bâtiment a été conçu pour l’accrochage que Mme Baldssari a conçu.

Quelles autres conséquences ?

En France, il n’y apas de lieu où étudier Picasso. Nous voulions que le musée devienne le grand centre de recherche sur mon père car ses archives sont ici et nous y aurions aidé. Sans toute cette pagaille, Maria Embiricos (collectionneuse et membre du conseil d’administraiton du musée) et moi-même étions prêts à participer au financement des activités éducatives, une société d’amis était en train de se constituer pour le fonds de dotation.

Vous parlez à l’imprarfait. Vous baissez les bras ?

Non, mais je suis scandalisé et très inquiet sur l’avenir du musée.

J’attends de la ministre un engagement écrit et ferme qu’elle va tout faire pour que le musée ouvre en juin avec Mme Baldassari à sa tête.

*

de Picasso et non de Pablo comme écrit dans l’article !

 
 

 
 

 
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